Starlink à 15 ms ?
Le prochain réseau Starlink va-t-il réduire le temps de latence suffisamment pour nous
Lorsque nous avons lancé Nucorder, nous étions conscients de nous situer sur une limite technique. En effet pour jouer à distance sans gêne de perception, il faut un temps d’aller-retour dans le réseau de l’ordre de 20 ms. La Fibre optique le permet, le réseau 5G le promet et une annonce récente de Starlink vient se positionner sur ce segment. Pour comprendre l’enjeu NuCorder, rappelons-nous que dans l'air, le son voyage à 340 m/s. Un temps d’aller-retour de 20 ms correspond 20 x 0,34 = 6.8 m, c’est donc comme jouer sur une bonne scène. Et nous savons tous qu’il n’y a rien de tel pour se dépasser.
La promesse de la fibre optique était de moins d’une 1 ms de temps de latence. En ville et avec les offres de type FTTH (Fiber To The Home, c’est-à-dire en France les offres Orange et Free) on y est et bon nombre d’entre vous utilisent couramment NuCorder pour répéter. De même avec les offres FTTC (Fiber To The Cable, c’est-à-dire en France dans les immeubles équipés avec un réseau coaxial initialement exploité par les offres Numéricable puis SFR), c'est plutôt 4 ms mais NuCorder marche pareil. Enfin, hors des grandes villes avec une fibre qui arrive sur son poteau télégraphique, nous avons observé 7 ms et NuCorder marche toujours. Dans tous les cas, le temps de traitement mesuré par Nucorder se situe entre 18 et 27 ms sans aucune gêne de perception, juste une sensation d'ampleur comme avec un casque en studio. Rappelons qu’un buffer de 64 octets dans la carte son, ainsi qu’une liaison filaire Ethernet ou CPL entre l’ordinateur et la box internet sont recommandés.
Naturellement, tout le territoire n’a pas été complétement fibré en 2020 —contrairement aux annonces— et indépendamment de la fibre, il convient de se soucier des solutions sans fil. La promesse de la 5G était de 1 ms de temps de latence pour les applications dites à faible temps de latence.

Nous avons expérimenté NuCorder au centre de recherche d’Orange en 5G, la faisabilité a en effet été démontrée sur un réseau expérimental 5G équipé en matériel Huawei (voir 5GLab orange). Nous observions un temps de traitement de l’ordre de 35 ms et nous avons pu jouer sans gêne de perception avec un musicien au centre en 5G et les autres en fibre chez eux. Cependant, par la suite, l’utilisation de ces équipements chinois a été remise en cause par le gouvernement français à la suite des américains. Nous savons donc que cela marchera, mais par ailleurs, l’usage NuCorder en 5G sera naturellement associé aux terminaux de type mobile ou tablette pour lesquels nous n’avons pas encore choisi notre technique logicielle de portage, même si des essais sont en cours comme vous vous en doutez :-).
Qu’en est-il du réseau Starlink et de ses concurrents ? Jusqu’alors, cette offre de connectivité était hors du champ NuCorder pour la raison que ses satellites à 528 km d’altitude induisent un délai de 30 ms. Car cette fois, contrairement à la fibre, le PC ne parle pas à une box raccordée à un réseau en bordure du backbone, ni à un base station 5G en ville elle-même raccordée au core network opérateur, puis au backbone, mais via une antenne à une grappe de satellites qui passent au-dessus de sa tête.

(Photo d'Anastasiia Moskalenko sur Unsplash)
Mais une annonce récente d’Elon Musk indique que la prochaine génération de satellites Starlink va diminuer le temps de latence (voir https://www.frandroid.com/telecom/box-internet/2431256_comment-starlink-va-baisser-considerablement-la-latence-de-sa-connexion-et-pourquoi-cest-essentiel). Selon cet article, la distance va se réduire à 300 km, le nombre de satellites va passer à des grappes de 5000 (en dépit de frottements accrus sur l’atmosphère terrestre) et les performances de transmission par laser pourraient gagner encore un facteur 2/3. Avec tout cela on se dit qu’on pourra peut-être atteindre les 13 ms que nous avons hors des villes.
Que penser de cette annonce pour NuCorder ? Tout d’abord, les considérations précédentes montrent que nous sommes exactement sur une limite physique. Ensuite les annonces des grands opérateurs en matière de technologies s’apparentent bien souvent à des manœuvres pour travailler les parts de marchés investissement. Techniquement enfin, on parle dans cette annonce de temps de latence moyen, ce qui compte tenu du nombre de satellites annoncés se comprend et invite à la prudence. Mais nous pouvons tout de même noter que cette situation ressemble de très près à ce que nous avions connu pour la diffusion des vidéos dans le réseau terrestre au début des années 2000. En effet, personne n’imaginait faire passer des vidéos MPEG2 à 2 Mbps sur de l’ADSL, alors que cela était courant et naturel en satellite en DVB/S (offres Canal+ et TPS). L'avantage du réseau terrestre sur le satellite fût sa capacité de démultiplication des points de présence. Hors ici il se passe exactement la même chose de manière démesurée : Elon Musk annonce mumtiplier les points de présence de son réseau quel qu’en soit le prix. De plus, le temps de latence est maintenant vu comme le véritable facteur concurrentiel. Pourquoi ? Simplement prendre Internet et permettre le temps réel, rien de moins !
Alors qui sait, avec Elon « wait and see ».